Cadre légal

Articles L241-1 et L242-1 du Code des assurances

Articles L241-1 et L242-1 du Code des assurances expliqués : décennale du constructeur, dommages-ouvrage du maître d'ouvrage, articulation et sanctions.

Deux articles, deux assurances, un même objectif

Les articles L241-1 et L242-1 du Code des assurances forment les deux piliers de l'assurance construction obligatoire en France. Ils découlent de la loi n° 78-12 du 4 janvier 1978, dite loi Spinetta, qui a profondément réorganisé la responsabilité et l'assurance dans le bâtiment. L'objectif du législateur était clair : garantir qu'un ouvrage atteint de désordres graves soit réparé rapidement, sans que le maître d'ouvrage ait à attendre l'issue d'un long procès pour savoir qui doit payer.

Pour atteindre ce but, la loi a mis en place un système à deux étages. D'un côté, l'assurance de responsabilité décennale, qui couvre les professionnels qui construisent (article L241-1). De l'autre, l'assurance dommages-ouvrage, qui couvre celui qui fait construire (article L242-1). Ces deux assurances sont liées à la présomption de responsabilité décennale posée par l'article 1792 du Code civil.

Cet article explique le sens de chacun de ces textes et la façon dont ils s'articulent. Pour le texte intégral, faisant foi, reportez-vous toujours aux versions officielles publiées sur Legifrance.

L'article 1792 du Code civil : le socle de tout le dispositif

Avant de parler d'assurance, il faut comprendre la responsabilité qu'elle couvre. L'article 1792 du Code civil instaure une présomption de responsabilité : tout constructeur d'un ouvrage est responsable de plein droit, envers le maître d'ouvrage ou l'acquéreur, des dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou qui le rendent impropre à sa destination.

Cette présomption est lourde de conséquences. Pendant dix ans à compter de la réception des travaux, le constructeur est présumé responsable : c'est à lui de prouver une cause étrangère (faute du maître d'ouvrage, force majeure) pour s'exonérer, et non au maître d'ouvrage de démontrer une faute. Ce sont précisément ces dommages, dits « de nature décennale », que les assurances des articles L241-1 et L242-1 ont vocation à couvrir.

L'article L241-1 : l'assurance décennale du constructeur

L'article L241-1 du Code des assurances impose une obligation à toute personne physique ou morale dont la responsabilité décennale peut être engagée sur le fondement des articles 1792 et suivants du Code civil. Concrètement, cela vise l'ensemble des intervenants à l'acte de construire :

  • les entrepreneurs et entreprises du bâtiment (gros œuvre, second œuvre) ;
  • les architectes ;
  • les techniciens et bureaux d'études ;
  • les constructeurs de maisons individuelles ;
  • plus largement, tout professionnel lié au maître d'ouvrage par un contrat de louage d'ouvrage.

Ces professionnels doivent justifier, à l'ouverture du chantier, qu'ils ont souscrit un contrat d'assurance couvrant cette responsabilité décennale. Le texte précise également que tout candidat à un marché public doit pouvoir apporter cette même justification.

Point essentiel : le contrat souscrit est, nonobstant toute clause contraire, réputé comporter une clause assurant le maintien de la garantie pendant toute la durée de la responsabilité décennale, soit dix ans. Autrement dit, l'assureur ne peut pas réduire conventionnellement cette durée.

L'article L241-2 complète ce dispositif. Il vise celui qui fait réaliser des travaux pour le compte d'autrui et, surtout, étend l'obligation lorsque les travaux sont réalisés en vue de la vente du bien, quel que soit l'usage futur de la construction.

L'article L242-1 : l'assurance dommages-ouvrage du maître d'ouvrage

L'article L242-1 s'adresse, lui, à celui qui fait construire. Toute personne physique ou morale qui, agissant en qualité de propriétaire, de vendeur ou de mandataire du propriétaire de l'ouvrage, fait réaliser des travaux de construction, doit souscrire une assurance dommages-ouvrage (DO). Cette souscription doit intervenir avant l'ouverture du chantier.

La grande particularité de la dommages-ouvrage est son fonctionnement « hors recherche de responsabilité ». Elle garantit le préfinancement de la réparation des dommages de nature décennale, c'est-à-dire qu'elle paie d'abord les travaux de réparation, sans attendre qu'un tribunal ait désigné le responsable. L'assureur DO se retourne ensuite, par subrogation, contre les constructeurs responsables et leurs assureurs décennale. Le maître d'ouvrage, lui, est indemnisé rapidement.

Pour garantir cette rapidité, l'article L242-1 enferme l'assureur dans des délais stricts à compter de la déclaration de sinistre :

  • 60 jours pour notifier à l'assuré sa décision sur la mise en jeu des garanties (prise en charge ou refus) ;
  • 90 jours pour présenter une offre d'indemnité, éventuellement provisionnelle, destinée au paiement des travaux ;
  • 15 jours, après acceptation de l'offre par l'assuré, pour verser l'indemnité.

Si l'assureur ne respecte pas l'un de ces délais, ou propose une offre manifestement insuffisante, l'assuré peut, après l'en avoir informé, engager lui-même les dépenses de réparation. L'indemnité est alors majorée de plein droit d'un intérêt égal au double du taux de l'intérêt légal.

L'article L242-2 précise que, dans certaines opérations, l'obligation de souscrire la dommages-ouvrage (ainsi que celle de l'article L241-2) incombe au promoteur immobilier lorsque les conditions prévues par le Code civil et le Code de la construction sont réunies.

L241 et L242 : comparaison et articulation

Les deux assurances se complètent : la décennale couvre le professionnel qui a construit ; la dommages-ouvrage protège celui qui a fait construire. Le tableau suivant résume leurs différences.

Critère Article L241-1 — Décennale Article L242-1 — Dommages-ouvrage
Qui souscrit ? Le constructeur (entrepreneur, architecte, technicien…) Le maître d'ouvrage (celui qui fait construire)
Nature de l'assurance Assurance de responsabilité Assurance de dommages (de chose)
Quand souscrire ? Avant l'ouverture du chantier Avant l'ouverture du chantier
Objet Indemniser au titre de la responsabilité de l'assuré Préfinancer la réparation sans rechercher le responsable
Durée 10 ans après réception 10 ans après réception (à effet après la garantie de parfait achèvement)
Bénéficiaire final Le maître d'ouvrage / l'acquéreur lésé Le maître d'ouvrage et les propriétaires successifs

Les garanties de la dommages-ouvrage sont définies par l'article L242-1 et encadrées par des clauses-types réglementaires ; elles sont donc identiques chez tous les assureurs. Ce qui varie d'un contrat à l'autre, ce n'est pas l'étendue de la garantie légale, mais le prix et la qualité de la gestion des sinistres.

Clauses-types et sanctions : les articles L243-1 et suivants

Le contenu des contrats d'assurance construction n'est pas laissé à la libre rédaction des assureurs. Des clauses-types figurant en annexe du Code des assurances (notamment l'annexe A243-1, qui décline les clauses applicables aux contrats de responsabilité décennale et de dommages-ouvrage) s'imposent au contenu des polices. C'est ce qui explique l'homogénéité des garanties d'un assureur à l'autre.

L'article L243-1 prévoit par ailleurs des cas où l'obligation d'assurance ne s'applique pas, notamment pour l'État construisant pour son compte et, sous conditions, pour certaines personnes morales de droit public justifiant de moyens de réparation rapide.

Enfin, l'article L243-3 assortit ces obligations d'une sanction pénale : le défaut d'assurance obligatoire est puni de six mois d'emprisonnement et de 75 000 € d'amende (ou de l'une de ces deux peines seulement). Le même article prévoit toutefois une exemption importante : ces peines ne s'appliquent pas à la personne physique qui construit un logement pour l'occuper elle-même ou le faire occuper par son conjoint, ses ascendants, ses descendants ou ceux de son conjoint.

Attention à ne pas se méprendre sur cette exemption : elle écarte la sanction pénale pour le particulier qui construit sa propre résidence, mais elle ne supprime pas l'intérêt de souscrire la dommages-ouvrage. En cas de revente du bien dans les dix ans, l'absence de DO devra être mentionnée dans l'acte et pèsera lourdement sur la transaction ; et en cas de sinistre, le particulier non assuré devra avancer les frais et engager seul une action contre les constructeurs.

Ce que ces articles impliquent concrètement

Pour un maître d'ouvrage, la lecture combinée de ces articles aboutit à quelques réflexes simples :

  • Avant de signer avec une entreprise, exiger son attestation d'assurance décennale (article L241-1) en cours de validité et vérifiant l'activité concernée.
  • Avant le démarrage des travaux, souscrire soi-même la dommages-ouvrage (article L242-1), même dans le cas où la sanction pénale ne s'applique pas.
  • En cas de sinistre relevant de la décennale, déclarer à l'assureur DO et s'appuyer sur les délais légaux de 60, 90 et 15 jours pour obtenir une indemnisation rapide.

Questions fréquentes

L'assurance dommages-ouvrage est-elle vraiment obligatoire pour un particulier ?

Oui, l'obligation de souscription posée par l'article L242-1 vise toute personne qui fait construire, y compris un particulier. L'article L243-3 le dispense seulement de la sanction pénale lorsqu'il construit un logement pour l'occuper lui-même ou le faire occuper par sa famille proche. L'obligation civile et l'intérêt pratique demeurent.

Quelle est la différence entre la décennale et la dommages-ouvrage ?

La décennale (L241-1) est l'assurance du constructeur : elle couvre sa responsabilité. La dommages-ouvrage (L242-1) est l'assurance du maître d'ouvrage : elle préfinance les réparations sans attendre que la responsabilité soit établie, puis se retourne contre les constructeurs. Les deux portent sur les mêmes dommages, ceux de nature décennale au sens de l'article 1792 du Code civil.

Pourquoi les garanties dommages-ouvrage sont-elles les mêmes partout ?

Parce que leur contenu est fixé par la loi (article L242-1) et par les clauses-types réglementaires annexées au Code des assurances. Les assureurs ne peuvent pas restreindre la garantie légale. La concurrence porte donc sur le prix et la qualité de gestion, pas sur l'étendue de la couverture.

Que se passe-t-il si l'assureur DO ne respecte pas les délais ?

Si l'assureur dépasse l'un des délais (60, 90 ou 15 jours) ou propose une offre manifestement insuffisante, l'assuré peut, après l'en avoir informé, engager les dépenses de réparation. L'indemnité due est alors majorée de plein droit d'un intérêt égal au double du taux de l'intérêt légal.

Où trouver le texte officiel de ces articles ?

Les versions en vigueur des articles L241-1, L241-2, L242-1, L242-2, L243-1 et L243-3 du Code des assurances, ainsi que de l'article 1792 du Code civil, sont consultables et font foi sur le site officiel Legifrance.

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