Cadre légal

Clauses-types dommage ouvrage : ce que dit la loi

Clauses-types de l'assurance dommage ouvrage : le cadre de l'annexe II de l'article A243-1 du Code des assurances, garanties, délais et franchise.

Quand on compare des contrats d'assurance dommage ouvrage (DO), une question revient souvent : les garanties sont-elles vraiment les mêmes d'un assureur à l'autre ? La réponse tient en deux mots : les clauses-types. Il s'agit d'un socle réglementaire que tout contrat d'assurance dommage ouvrage doit obligatoirement reprendre. Ce cadre, fixé par l'annexe II de l'article A243-1 du Code des assurances, garantit que les protections de base sont identiques partout. Voici ce qu'il faut savoir pour lire un contrat en connaissance de cause.

Que sont les clauses-types de l'assurance dommage ouvrage ?

Les clauses-types sont un modèle de stipulations imposé par la réglementation. Elles constituent un cadre minimal d'ordre public : un assureur peut proposer des garanties supplémentaires ou plus favorables, mais il ne peut ni les supprimer, ni les réduire, ni y déroger dans un sens défavorable à l'assuré.

Leur fondement juridique est l'article A243-1 du Code des assurances, dont les annexes fixent les clauses-types des différentes assurances construction obligatoires :

  • l'annexe I concerne la responsabilité décennale obligatoire (assurance des constructeurs) ;
  • l'annexe II concerne précisément l'assurance de dommages obligatoire, c'est-à-dire l'assurance dommage ouvrage ;
  • l'annexe III concerne l'assurance collective de responsabilité décennale (CCRD).

Ce sont donc les clauses-types de l'annexe II qui encadrent votre contrat DO. Leur rédaction a été actualisée par l'arrêté du 19 novembre 2009. Le texte intégral et à jour est consultable sur Légifrance.

Pourquoi ces clauses-types existent

L'assurance dommage ouvrage est obligatoire en application de l'article L242-1 du Code des assurances : toute personne qui fait réaliser des travaux de construction doit la souscrire avant l'ouverture du chantier. Comme cette assurance protège un maître d'ouvrage souvent profane face à des assureurs professionnels, le législateur a voulu éviter que la protection varie selon le contrat signé.

Les clauses-types répondent à deux objectifs :

  • uniformiser le contenu des contrats, pour que chacun bénéficie du même niveau de garantie de base ;
  • protéger l'assuré, en empêchant les clauses qui viderait la garantie de sa substance.

Conséquence directe et fondamentale : les garanties de base de l'assurance dommage ouvrage sont identiques chez tous les assureurs. La couverture découle de la loi (article L242-1) et des clauses-types, pas du commercial qui vend le contrat.

Ce que les clauses-types imposent

L'objet de la garantie : un préfinancement

Les clauses-types définissent l'objet du contrat : garantir, en dehors de toute recherche de responsabilité, le paiement des travaux de réparation des dommages de nature décennale. Autrement dit, l'assurance DO ne désigne pas un coupable : elle préfinance les réparations relevant de la garantie décennale, sans attendre qu'un tribunal détermine qui est responsable. L'assureur se retourne ensuite contre les constructeurs et leurs assureurs.

L'étendue de la garantie

Sont couverts les dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou qui, l'affectant dans un de ses éléments constitutifs ou d'équipement, le rendent impropre à sa destination, au sens des articles 1792 et 1792-2 du Code civil. La garantie s'étend aussi aux dommages affectant les existants totalement incorporés dans l'ouvrage neuf et devenus techniquement indivisibles de celui-ci.

La durée : dix ans

La garantie a la même durée que la responsabilité décennale qui pèse sur les constructeurs. Elle prend fin à l'expiration d'une période de dix ans à compter de la réception des travaux. Une période de garantie de parfait achèvement (la première année) fait l'objet de modalités particulières.

Les délais d'indemnisation

C'est l'un des apports les plus concrets des clauses-types : l'assureur est tenu à un calendrier strict à compter de la réception de la déclaration de sinistre.

  • 60 jours au maximum pour notifier sa décision quant à la mise en jeu de la garantie (accord ou refus) ;
  • 90 jours au maximum, lorsque la garantie est acquise, pour présenter une offre d'indemnité destinée au paiement des travaux de réparation ;
  • en cas de contestation ou de récusation de l'expert, ces délais sont majorés de dix jours ; en cas de désignation de l'expert par le juge, ils sont majorés de trente jours.

Si l'assureur ne respecte pas ces délais ou propose une offre manifestement insuffisante, l'assuré peut, après l'en avoir informé, engager les dépenses de réparation : l'indemnité est alors majorée de plein droit d'un intérêt égal au double du taux de l'intérêt légal (article L242-1).

La franchise : non opposable au maître d'ouvrage

Point essentiel et trop souvent ignoré : pour le maître d'ouvrage assuré, l'indemnisation est intégrale, sans franchise opposable. Les clauses-types ne prévoient aucune franchise à la charge de l'assuré particulier au titre de la garantie obligatoire. Des mécanismes de franchise peuvent exister dans les rapports entre assureurs (recours), mais ils ne réduisent pas l'indemnité versée au propriétaire.

Des exclusions limitatives

Les clauses-types encadrent strictement ce que l'assureur peut exclure. La garantie ne s'applique pas aux dommages résultant exclusivement :

  • du fait intentionnel ou du dol du souscripteur ou de l'assuré ;
  • de l'effet de l'usure normale, du défaut d'entretien ou de l'usage anormal de l'ouvrage ;
  • d'une cause étrangère (par exemple une catastrophe naturelle, un incendie ou un fait de tiers, relevant d'autres garanties).

Cette liste est limitative : un assureur ne peut pas ajouter d'exclusions qui restreindraient la garantie obligatoire au-delà de ce que prévoit le texte.

La transmissibilité aux propriétaires successifs

La garantie est attachée à l'ouvrage, pas à la personne. Le contrat bénéficie au souscripteur d'origine mais aussi aux propriétaires successifs de l'ouvrage. Si vous achetez une maison de moins de dix ans, vous héritez du bénéfice de l'assurance dommage ouvrage souscrite par le premier maître d'ouvrage : c'est un argument important lors d'une revente.

Tableau récapitulatif

Élément imposéCe que prévoient les clauses-types (annexe II A243-1)
ObjetPréfinancement des réparations, hors recherche de responsabilité
Dommages couvertsAtteinte à la solidité ou impropriété à destination (art. 1792 et 1792-2 du Code civil)
Durée10 ans à compter de la réception
Délai de décision60 jours pour se prononcer sur la garantie
Délai d'offre90 jours pour présenter l'offre d'indemnité
FranchiseAucune franchise opposable au maître d'ouvrage assuré
ExclusionsLimitatives : faute intentionnelle/dol, usure ou défaut d'entretien, cause étrangère
BénéficiairesSouscripteur et propriétaires successifs

Ce que cela change pour comparer les contrats

Puisque le socle est réglementaire et identique partout, comparer deux assurances dommage ouvrage ne consiste pas à comparer le niveau de garantie de base : il est imposé par la loi. La comparaison porte plutôt sur :

  • le prix de la prime (qui dépend du coût de l'ouvrage et du profil du projet) ;
  • les garanties facultatives éventuellement ajoutées au socle (dommages immatériels, bon fonctionnement des équipements, garantie des existants étendue, etc.) ;
  • la qualité du service : réactivité dans la gestion des sinistres, accompagnement, instruction du dossier technique.

Questions fréquentes

Les garanties de base sont-elles vraiment les mêmes chez tous les assureurs ?

Oui. La garantie obligatoire de l'assurance dommage ouvrage découle de l'article L242-1 du Code des assurances et des clauses-types de l'annexe II de l'article A243-1. Ce socle est d'ordre public : aucun assureur ne peut le réduire. Les différences se font sur le prix, les options et la qualité de gestion, pas sur la couverture de base.

Un assureur peut-il proposer un contrat qui déroge aux clauses-types ?

Il peut ajouter des garanties plus favorables, mais il ne peut pas déroger aux clauses-types dans un sens défavorable à l'assuré. Une clause qui réduirait la garantie obligatoire ou ajouterait une exclusion non prévue serait inopposable.

Y a-t-il une franchise sur l'assurance dommage ouvrage ?

Pas au titre de la garantie obligatoire pour le maître d'ouvrage : l'indemnisation des travaux de réparation est intégrale. Des franchises peuvent exister dans les rapports entre assureurs, mais elles ne sont pas opposables au propriétaire assuré.

Que devient l'assurance si je vends mon bien ?

La garantie est transmise automatiquement. Les propriétaires successifs bénéficient du contrat pendant toute la durée des dix ans suivant la réception. Pensez à remettre l'attestation DO à l'acquéreur lors de la vente.

Où lire le texte officiel des clauses-types ?

Le texte de référence est l'annexe II de l'article A243-1 du Code des assurances, consultable et tenu à jour sur Légifrance. L'obligation d'assurance figure, elle, à l'article L242-1 du même code.

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